lundi 21 juin 2010

Parenthèse surréaliste


Yves Tanguy, Pour rompre l'équilibre, 1937

Deux textes évoquant le travail de l'inconscient, le réel fui ou recherché...

Viens, j'aime les amours perdues d'avance,
les ruptures à rebours,
les plaisirs démentis.

Dans le grenier,
cachés derrière des tableaux de Tanguy,
goutte à goutte, alanguis,
je voudrais écrire sur ta bouche des cadavres exquis,
caresser nos paroles écorchées.

Laisse-moi me mêler à tes ombres.
Je cours dans les herbes brunes pour ne pas t'effacer,
je cours, je cours,
je n'en finis pas de courir.

Silence, il est midi. Les volets sont fermés.

Ne m'appelle pas ne me parle pas
Je n'habite plus ici.


René Magritte, L'Empire des Lumières, 1954

MNEMOSYNE (2003)

Du fond de ma mémoire
Il remonte vers sa nuit naissante

Je le suivrai à me perdre

Peut-être sortirai-je de ce réveil interminable
Je tomberai dans les bras de l’imaginaire
Pour fuir le ciel impassible impossible
Sans visage

La neige ne paralysera plus mes mains bleues de silence
J’arracherai ses souvenirs à pleines poignées
Je les jetterai en pluie
Après avoir éventré
Le dur désir de ne pas durer.



René Magritte, La mémoire, 1948

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